Champinette a survécu au désert marocain, puis a succombé

C’est à bord de cette 4L de 1979 que les deux étudiantes, Coralie Lebrun, 21 ans, et Philippine Lipka, 20 ans, ont vécu leur aventure du 4L Trophy.
Leur voiture a rendu l’âme sur le chemin du retour. «

Elles m’avaient baptisée Champinette, à cause de ma carrosserie couleur champagne. Plutôt mignon comme nom, non ? Bon d’accord, on n’a pas sablé le champagne. Mais on s’en est bien sorties quand même. Du moins jusqu’à l’arrivée…

Mes passagères, elles, avaient choisi de s’appeler Les Cocottes.
C’est vrai que c’est des jolis brins de filles Coralie et Philippine.
Elles se sont rencontrées pendant leurs études à l’école de management de Normandie, à Caen.
Elles devaient monter un projet. C’est à ce moment-là qu’elles ont eu l’idée de se lancer dans cette folle aventure du 4L Trophy.
Il leur fallait une 4L Renault. Elles m’ont trouvée moi. Avec mes 35 ans au compteur, je n’étais plus vraiment jeune mais encore capable de tenir la route.
Et puis, un voyage comme ça au Maroc, ça ne se refuse pas !
Après une bonne révision, mon moteur était chaud bouillant et moi, j’étais impatiente de montrer ce que j’avais sous le capot.

1 300 4L !

Les filles avaient embarqué avec elles 30 kg de fournitures scolaires qu’elles avaient collectées auprès de particuliers.
Elles devaient les remettre dans les villages au profit de l’association Enfants du désert.
Car le 4L Trophy, c’est une course avant tout solidaire. Nous sommes partis de Bécon-les-Granits le 17 février.
Nous avons rejoint le départ de la course.
Incroyable ! Je n’avais jamais autant vu autant de « copines » réunies ! 1 300 4L, 2 600 étudiants, imaginez un peu !
Pendant dix jours, nous avons roulé, crapahuté, évité les pièges du désert… À un moment, nous devions passer une partie de piste ensablée.
Nous avons réussi du premier coup, sans y rester. Nous en étions fières.
Jusqu’à ce que d’autres concurrents nous signalent que mon coffre s’était ouvert dans la sablière et que les filles étaient en train de perdre leurs affaires sur la piste !
Nous avons dû faire demi-tour pour tout récupérer.

Le moteur a lâché

Une anecdote parmi d’autres tant elles furent nombreuses. Coralie et Philippine étaient contentes.
Il n’y avait pas trop d’esprit de compétition, mais beaucoup de partage et de joie.
Les concurrents s’entraidaient beaucoup, le but étant d’arriver à destination.
Les rencontres avec les autochtones étaient globalement bonnes et riches.
Nous avons rallié la ligne d’arrivée après avoir roulé pendant 6 200 kilomètres. Nous nous sommes classées 679e sur 1 300 équipages.
On peut dire, en toute modestie, qu’on a accompli notre mission très honorablement.
Malheureusement, j’ai laissé beaucoup de jus dans cette aventure.
C’est arrivé sans crier gare, sur l’autoroute non loin de Bordeaux, sur la route du retour, le 3 mars. Mon moteur, très fatigué, a lâché.
Les filles ne m’en ont pas voulu. Elles savent que j’ai tout donné, pour cette aventure, pour elles, pour les enfants du désert.
Et de toute façon, je ne regrette rien. Qui aurait pu imaginer qu’une vieille guimbarde de 79 comme moi puisse accomplir un tel exploit ?
C’est peut-être le moment de porter un toast… de champagne, non ?

Article issu de l’édition OUEST FRANCE de Angers Segré du mercredi 11 mars 2015.